Le Monténégro est reconnu comme le pays des Balkans occidentaux le plus avancé sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne — c’est ce qu’indique le nouveau rapport annuel de la Commission européenne sur l’état d’avancement de l’élargissement de l’UE. Le document souligne que Podgorica a démontré « les progrès les plus significatifs » parmi les pays candidats de la région, tandis que la Serbie et la Bosnie-Herzégovine accusent un retard notable dans la mise en œuvre des réformes et la stabilisation politique.
Le Monténégro — leader de l’intégration européenne
Selon le rapport, le Monténégro a ouvert les 33 chapitres de négociation et en a déjà clos sept. La Commission européenne a noté que « l’engagement politique continu des autorités monténégrines en faveur de l’objectif stratégique de l’intégration européenne a produit des résultats tangibles dans la mise en œuvre des réformes nécessaires ».
Les progrès dans la réforme du système judiciaire sont particulièrement mis en avant : en 2024, le pays a mis en œuvre une phase intensive de transformations visant à renforcer l’indépendance, l’impartialité et la responsabilité des tribunaux. Ces mesures, souligne-t-on, donnent déjà « les premiers résultats positifs ».
Le Monténégro a également progressé dans la lutte contre la corruption, la garantie de la liberté d’expression et le développement du pluralisme médiatique. Des avancées ont aussi été relevées dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi que dans la mise en œuvre des plans Schengen et douaniers.
Un élément important de la reconnaissance de l’UE a été l’octroi au Monténégro d’un accès au Plan de croissance pour les Balkans occidentaux — un paquet d’aide financière de six milliards d’euros destiné à accélérer le développement et l’intégration de la région. Podgorica a déjà rempli 30 conditions de l’Agenda de réformes et a reçu les fonds du deuxième cycle de versements.
Intégration économique avec l’UE
Depuis octobre, au Monténégro SEPA a commencé à fonctionner — l’Espace unique de paiements en euros. Cela signifie que les transferts de fonds entre les banques monténégrines et européennes s’effectuent désormais selon les mêmes règles qu’au sein de l’UE, avec des commissions réduites et des délais de traitement plus rapides.
En outre, à partir du 1er novembre, le Monténégro adhérera à la Convention sur le transit commun, qui simplifie le passage des marchandises aux frontières et réduit les procédures administratives pour les entreprises. Ces étapes, soulignent les responsables de la Commission européenne, constituent une preuve concrète que le pays s’intègre déjà dans un espace économique européen commun.
Préparation du traité d’adhésion
Selon le média Politico, à Bruxelles a déjà commencé la préparation du projet de traité d’adhésion du Monténégro à l’Union européenne. Ce sera le premier document de ce type pour les pays des Balkans occidentaux depuis plusieurs années.
La commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, a déclaré que le nouveau paquet d’élargissement de l’UE, qui sera présenté dans les prochains jours, « deviendra un instrument géopolitique démontrant que l’Union européenne est capable de répondre aux défis sur l’ensemble du continent ».
Selon elle, l’adhésion de nouveaux pays se fera avec l’introduction de périodes transitoires — des restrictions temporaires sur certains droits des nouveaux membres, par exemple sur l’usage du droit de veto en matière de politique étrangère. Cette approche, selon Kos, permettra d’éviter le blocage des décisions et de dissiper les inquiétudes des anciens membres de l’UE face à l’éventuelle apparition de « nouveaux Orban » au sein de l’Union.
L’objectif de Bruxelles est de préserver l’élan politique de l’élargissement, tout en veillant à ce que seuls les pays réellement prêts à l’adhésion rejoignent l’UE.
Les nouveaux États membres pourraient rejoindre l’UE sans plein droit de vote
Au sein de l’Union européenne, la possibilité d’admettre de nouveaux États membres sans plein droit de vote, y compris le droit de veto, lors des premières étapes de l’adhésion, est à l’étude. Comme le rapporte Politico, cette idée vise à accélérer le processus d’élargissement — par exemple pour l’Ukraine, la Moldavie et les États des Balkans occidentaux — tout en évitant la nécessité de modifications complexes des traités fondateurs de l’UE.
Dans ce format, les nouveaux membres auraient accès au marché intérieur, aux fonds et aux institutions de l’Union, mais leur influence sur les décisions clés serait temporairement limitée. L’initiative en est encore au stade de consultations informelles entre diplomates et n’a pas de force juridique, mais elle reflète la volonté de Bruxelles de trouver un compromis entre l’intégration rapide des candidats et le maintien de l’efficacité de gouvernance dans une UE élargie.
Contraste avec les voisins : stagnation des réformes en Serbie et en Bosnie-Herzégovine
Le rapport de la Commission européenne souligne que la Serbie « maintient une rhétorique européenne », mais que le rythme réel des réformes reste lent. Bruxelles exige de Belgrade la « mise en œuvre de réformes crédibles dans tous les domaines » et, en particulier, un rapprochement avec la politique étrangère et de défense de l’UE, y compris l’introduction de sanctions contre la Russie.
À ce jour, la Serbie reste l’un des rares pays d’Europe à ne pas avoir rejoint les sanctions anti-russes après l’invasion de l’Ukraine. La Commission européenne souligne également « l’intensification de la polarisation sociale » dans le pays, les manifestations de masse et la pression croissante sur la société civile et les médias indépendants.
Le document indique qu’en Serbie persistent des risques de « capture de l’État » et un niveau élevé de corruption, et que les tentatives des autorités de limiter l’indépendance du système judiciaire « sapent l’État de droit et les normes démocratiques ».
Un autre sujet de préoccupation à Bruxelles est l’obtention accélérée de la citoyenneté serbe par des ressortissants russes, ce qui crée des « risques potentiels » pour le régime sans visa entre Belgrade et l’UE.
En Bosnie-Herzégovine, la situation est évaluée comme une stagnation des réformes sur fond de crises politiques et de confrontation entre structures ethniques et administratives. La Commission européenne note que, dans la Republika Srpska, des lois ont été adoptées, sapant l’ordre constitutionnel, et que l’ancien dirigeant Milorad Dodik a été condamné pour non-exécution des décisions du Haut Représentant international.
En outre, en raison de retards dans la mise en œuvre de l’Agenda de réformes, Bruxelles a réduit de 10 % le montant de l’aide financière à la Bosnie-Herzégovine. Néanmoins, le pays a atteint un alignement complet avec la politique étrangère et de défense de l’UE, y compris les sanctions contre la Russie.
L’Europe accélère l’élargissement, mais avec prudence
Le rapport de la Commission européenne souligne que le processus d’élargissement de l’UE avance plus vite que ces 15 dernières années, mais la prudence demeure parmi les États membres. Selon Politico, certains pays, en particulier ceux voisins des candidats potentiels, restent sceptiques et appellent à « ne pas se précipiter » dans l’admission de nouveaux membres.
Néanmoins, Bruxelles considère le Monténégro comme « un exemple d’intégration réussie » et un signal adressé aux autres pays de la région. Selon les analystes, si Podgorica maintient le rythme actuel des réformes, l’adhésion du Monténégro à l’Union européenne pourrait avoir lieu dès 2028 — une année symbolique que l’UE aimerait marquer comme le début d’une nouvelle vague d’élargissement.
Source photo : Vlada Crne Gore (sur la photo : Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Milojko Spajić, Premier ministre du Monténégro)
